Bonne idée mais copie à revoir
Le projet consiste à tracer un chemin de grande randonnée de notoriété internationale entre la vallée de la Tinée et les vallées de la Roya et de la Bévera dans le périmètre du Parc National du Mercantour avec réfection ou construction de 14 refuges répartis tout au long du parcours.
Depuis début septembre, les travaux ont démarré au niveau du Lac de Rabuons avec la dépose de 3 engins de type pelleteuse par hélicoptère et l'emploi par moments de dynamite à certains endroits du parcours.
La parution de ces informations ainsi qu’une photographie en Une de Nice-Matin le 1er septembre ont déclenché des réactions d'inquiétude par rapport à ce projet parmi un certain nombre de pratiquants de la montagne :
Le sentier en question est taillé en site vierge en dehors de tout tracé existant ou ancestral dans des lieux classés ZNIEFF (zone national d'intérêt écologique, floristique et faunistique) où poussent des espèces protégées au niveau national et international, en plein dans le périmètre du Parc National du Mercantour ;
Les travaux susceptibles d'avoir un impact sur des espèces protégées hors du cœur du parc n'ont pas donné lieu à l'étude d'impact requise au titre de Natura 2000 ;
Il est tracé à grand coup de pelleteuses (3 ont été utilisées), de brise-roches et d'explosifs, sans aucun souci du terrain et de l'érosion ainsi amorcée ;
Il se surajoute à des itinéraires existants plus intéressants pour les randonneurs sportifs ou non sportifs ;
Il implique la création de refuges en sites vierges dont certains seraient situés dans le cœur même du Parc National du Mercantour ;
Il exprime une dérive mercantile d'exploitation d'espaces naturels sauvages à aménager en conséquence ;
Les travaux ont démarré en opposition à l'avis du comité scientifique du Parc national du Mercantour ;
La procédure UTN requise pour un projet d'une telle ampleur n'a pas été appliquée ;
Il a été lancé en catimini avec la volonté délibérée de mise devant le fait accompli.
L'incohérence du projet et sa démesure sont condamnées par de nombreuses associations, Mountain Wilderness en tête ainsi que le collectif Vigilance-Mercantour qui rassemble des amoureux du massif.
La mobilisation contre le projet a conduit à la mise en place d'une commission de concertation qui a pour ambition de réaliser, y compris avec les points de vue initialement opposés au projet, un sentier exemplaire par son intégration dans l’environnement, son intérêt, la beauté de ses paysages et le caractère pédagogique de ses milieux, patrimoines et activités humaines… sans oublier le randonneur (communiqué de presse du CG06 publié le 19 novembre 2008).
Intérêt et questions de fond
Un projet de ce type n’est évidemment pas dénué d’intérêt sur le secteur géographique concerné. La promotion d’un itinéraire de grande randonnée traversant le Mercantour peut contribuer à structurer l’offre touristique du massif et agir comme un élément de notoriété évident au même titre que les grands itinéraires comparables des Alpes. Mais elle ne peut être faite n'importe comment.
Doivent être en particulier considérés :
La raison d'être du projet.
La cible en évitant à tout prix le prisme déformant des tour-opérateurs qui n'en ont qu'une vision très partielle et déformée et en incluant les jeunes et les individuels.
La non marchandisation du parc et la non adaptation de la nature à une démarche commerciale.
Le maintien de sentiers non terrassés, non formatés, sans sécurisation et balisage excessifs dans un esprit 'montagne'.
La reprise des itinéraires et des hébergements existants de part et d'autre de la frontière, avec passage dans les villages, mais sans nouvel hébergement en site vierge.
La préservation de l'environnement et la protection renforcée des lieux traversés, notamment hors parc entre Rabuons et Isola..
La découverte des patrimoines naturel, vernaculaire et culturel, des pratiques et des activités et productions locales, ... avec des animations de découverte.
L'avenir du Parc National du Mercantour
Le Parc National du Mercantour doit rester un territoire d'exception où nul ne doit pouvoir y établir son commerce sur la base d'un produit rapporté, créé de toute pièce, ne respectant ni les usages et coutumes, ni la loi, ni la finalité du parc. Celle-ci exclut en particulier l'aménagement de l'espace naturel pour servir des intérêts économiques et se trouve en opposition absolue ave le modèle de l'industrie touristique.
Cette exigence, qui tire le Parc National du Mercantour vers le haut en vue de son classement au patrimoine mondial de l'UNESCO, ne peut que valoriser les activités des différents professionnels et acteurs de la montagne respectueux de l'environnement, des patrimoines, des usages et des traditions.
